Friday, January 08, 2010

Principes du bouddhisme et du Zen (Ch’an)


Le bouddhisme et le Zen sont-ils des philosophies ? Le mot « philosophe », si l’on se réfère à son étymologie, signifie « ami de la sagesse ». Sous cet angle, les adeptes du bouddhisme et du Zen peuvent être considérés comme des « philosophes ». Mais si nous accordons au mot « philosophe » l’acceptation – péjorative pour certains – de spéculation intellectuelle, ni le bouddhisme ni le Zen ne peuvent être considérés comme des « philosophies ». Ils ne sont pas non plus des morales. Tous deux considèrent également avec dédain les spéculations métaphysiques sur les causes premières, Dieu, l’Absolu. L’attitude du Zen vis-à-vis des métaphysiciens rejoint celle de Carlo Suarès qui déclarait sur un ton humoristique (1) : « Les métaphysiciens sont des escamoteurs : ils s’escamotent eux-mêmes. »

Le bouddhisme, le Ch’an et le Zen demandent que nous affranchissions notre esprit des constructions intellectuelles dont sont faites la plupart de nos philosophies, nos métaphysiques, nos morales, nos notions relatives de bien et de mal.

Hui-neng, l’un des principaux patriarches du Ch’an, nous a laissé cette célèbre injonction (2) :

« Ne pense pas au bien, ne pense pas au mal, mais regarde ce qu’est, au moment présent, ta physionomie originelle : celle que tu avais avant d’être né. »

Un maître du bouddhisme tibétain, Tilopa, nous a laissé un autre conseil, évoquant le silence mental (3) :

« Ne pense pas, n’imagine pas, n’analyse pas
N’accumule rien, ne fais pas de choix
Ne superpose rien à ce qui est. »

Le texte original en tibétain est :

« Mi-mno, mi-bsam, mi-dpyad-ching
Mi-bsgom, mi-sems, rang-babs-bzhag. »

Le Zen est essentiellement « non-mental ». avant d’examiner ce que signifie l’attitude « non-mentale » nous mentionnerons à titre documentaire les bases du bouddhisme populaire, telles que les présentent la plupart des auteurs. Ces bases sont très rarement énoncées dans les ouvrages traitant du Ch’an et du Zen ; ceux-ci, étant beaucoup plus évolués, traitent essentiellement du problème de l’Eveil intérieur.

Les « Quatre vérités essentielles » que nous rapporte la tradition bouddhique populaire auraient été prêchées à Bénarès par le Bouddha, peu après son illumination. Elles sont généralement énoncées comme suit :
1. Constatation de la souffrance.
2. Désignation de l’existence et de l’ignorance comme causes de la souffrance.
3. Possibilité d’être délivré de la souffrance.
4. Chemin à parcourir.

Ce dernier est connu sous le nom de « Sentier aux huit embranchements ». il consiste en : vues correctes, intuitions correctes, paroles correctes, conduite correcte, mode de subsistance correct, effort correct, attention correct, concentration correcte.

Dans les formes supérieures du bouddhisme telles le Ch’an et le Zen, la vue correcte et l’attention correcte sont fondamentales. Les autres éléments, tels que conduite correcte, moyens de subsistance corrects, paroles correctes, etc., ne sont que des conséquences de l’état d’Eveil. Dans le bouddhisme populaire, ces éléments sont considérés comme des moyens.

Sans « vue correcte », ni « attention correcte » il n’y a pas d’action correcte. L’homme réalise la « vue correcte » dès l’instant où son esprit n’est plus troublé par des idées. Plus aucune confection mentale ne peut s’interposer entre lui et les faits. Il doit être « présent au Présent ». Il s’agit là d’une attitude de vie essentiellement pratique englobant l’être humain dans sa totalité psychique et physique. C’est la raison pour laquelle le professeur Ed. Conze de l'université d’Oxford (4) définissait le bouddhisme comme « un pragmatisme dialectique ».

Cette attitude pragmatique résulte du processus même de l’illumination intérieure du Bouddha. Il réalisa celle-ci dès l’instant où il se dégagea des spéculations intellectuelles des lettrés qu’il avait consultés. Il se libéra de toutes ses mémoires, de toutes les données acquises du passé. Une vue pénétrante du processus de sa propre pensée lui révéla le caractère illusoire et non permanent du « moi ». Aux mirages de sa conscience personnelle se substitua la vue directe de sa nature profonde. Celle-ci est appelée suivant les auteurs : « Corps de Vérité » (Dharmakaya) ou Mental Cosmique.

Les formes élevées du bouddhisme ne s’attardent pas dans les spéculations métaphysiques sur l’origine première de la souffrance. Elle en constatent simplement le fait et nous donnent les moyens pratiques pour nous affranchir de façon réelle.

Notons ici une nuance existant entre les formes populaires du bouddhisme et les formes évoluées du Ch’an et du Zen. Pour les premières, c’est très fréquemment l’existence seule qui est cause de la souffrance. Pour les secondes, c’est plutôt l’ignorance. Nous voyons des maîtres Zen actuels déclarer sans hésiter que la cessation de l’ignorance permettrait à l’homme la réalisation d’un paradis sur terre.

Dans l’optique du Ch’an et du Zen, la délivrance de la souffrance et des conflits ne résulte pas d’une fuite des problèmes par une rationalisation intellectuelle de ceux-ci. Il s’agit au contraire d’une approche directe. Le Ch’an et le Zen se bornent à constater que la souffrance provient de l’ignorance et que cette dernière correspond plus exactement à une condition de sommeil, de léthargie à la fois individuelle et collective. Le Nirvâna est l’état d’Eveil hors de ce rêve.

Ainsi que l’exprime Ramacharaka (5) :
« Nirvâna est l’annihilation de Maya (les illusions), une extinction de l’ignorance (Avidya), c’est un état de conscience universelle et non l’extinction de la conscience. »

La compréhension du bouddhisme et du Zen s’éclaire si nous étudions attentivement la signification du mot Bouddha et ses implications. Le terme « Bouddha » ne désigne pas une personne mais un état. Bouddha signifie « Eveillé », c’est-à-dire délivré du rêve de l’ignorance et d’une distraction fondamentale. Cet Eveil est à la portée de tous les êtres humains à la condition qu’ils y consacrent toute leur attention.

Dans l’état de Bouddha ou de « bouddhéité », l’homme a découvert « l’unité profonde des dix mille choses ». il a démasqué le rôle négatif de ses créations mentales. Il sait qu’elles sont l’expression de « Tanha », la soif de continuité, le désir de posséder, de dominer.

L’état de Bouddha est celui d’une grande félicité et d’un bonheur incorruptible. Il se réalise en tout être humain affranchi de l’attachement aux valeurs familières suggérées par les contacts avec le monde sensoriel, valeur de temps d’espace, de devenir.

Ceci ne veut pas dire qu’un tel homme rejette ces valeurs ou les fuit. Il les situe simplement à une plus juste place dans un ensemble plus vaste qui les englobe et les domine : cette unité s’appelle le Mental Cosmique.

La réalisation de l’Eveil intérieur exige de notre part une attention et des réajustements constants. L’inattention est, aux yeux des maîtres du bouddhisme, la faute la plus grave.

Si le bouddhisme et le Zen utilisent la pensée, c’est pour faire comprendre qu’elle doit être dépassée. En ce sens, ils sont dialectiques. Un maître Zen déclarait qu’il faut beaucoup parler avant d’atteindre le vrai silence. Le silence intérieur a toujours occupé une place importante dans les mystiques tant occidentales qu’orientales.

Jacob Boehme écrivait (6) :

« Si tu peux garder le silence… dans ton vouloir et sens, tu entendras des paroles de Dieu, inexprimables… Lorsque les sens et le vouloir personnels seront en silence, l’ouïe, le voir et le parler éternels seront manifestés en toi : Dieu lui-même entendra et verra par toi. »

L’Eveil intérieur n’est pas aussi compliqué que peuvent le paraître nos commentaires et nos efforts pour tenter de l’expliquer. En réalité, tout est très simple. Mais parce que nous sommes très « compliqués », il est très compliqué pour nous de devenir simples.

Les maîtres nous enseignent que tout est là. Nous n’avons rien à acquérir. La réalité suprême demeure en nous. En un certain sens nous La sommes, mais nous l’ignorons en vertu d’une inattention fondamentale. Il n’y a rien à « faire » au sens accumulatif de ce terme. Il y a plutôt è « défaire ». Le Zen nous suggère de mettre de l’ordre dans notre désordre intérieur. Il considère que le mental est en désordre aussi longtemps qu’il reste prisonnier de l’illusion de la conscience personnelle et se croit une entité séparée.

L’attitude du Ch’an et du Zen rejoint à beaucoup d’égards celle de Shankarachârya, le grand maître indien de l’Advaïta Védanta, pour qui seule existe l’indivisible unité du Brahman qui nous englobe et forme l’essence unique des êtres et des choses. Les maîtres indiens employaient fréquemment l’image suivante : dans un corps sain, les organes internes ne sont pas sensibles. Ils nous rappellent leur existence dès qu’un déséquilibre ou la maladie les atteint.

Pour les maîtres indiens de l’Advaïta comme pour le Ch’an et le Zen, la conscience personnelle dite normale est considérée comme un état de déséquilibre engendrant la souffrance. L’égoïsme humain, les servitudes et les misères qu’il entraîne, contraste avec la paix et la félicité de l’unité indivisible du Brahman. La seule différence rendant cette comparaison imparfaite est la suivante : l’unité indivisible du Brahman n’est nullement affectée par les mirages et les cauchemars de la conscience personnelle, tandis que le corps humain peut-être profondément affecté par la maladie d’un seul organe.

Le Zen nous demande de « lâcher prise » et d’être disponibles (7). Il est une « maïeutique » comparable à celle de Socrate. La « maïeutique » ou « science de la délivrance spirituelle » s’efforce de réunir les éléments psychologiques à l’affranchissement de l’esprit. Elle nous permet de réaliser cette véritable mutation psychologique qu’est l’Eveil.

Les textes bouddhiques, et notamment le Lankâvatâra Sûtra, nous enseigne que le mental est asservi par des « forces d’habitudes ». Il est donc nécessaire de les connaître et de nous en affranchir. Socrate et les maîtres Zen tendent à épuiser les possibilités de la pensée en lui faisant démontrer à elle-même, par elle-même, son impuissance à découvrir ou à formuler le Réel.

La pensée peut réaliser des miracles dans la technique et dans les sciences exactes. Là réside le domaine où elle peut s’exercer adéquatement. Mais elle ne peut comprendre la réalité suprême. Lorsqu’elle se rend parfaitement compte de l’impossibilité dans laquelle elle se trouve d’« enfanter » l’essence des choses, elle se tait. Dans ce silence même l’« enfantement » est réalisé. Telles étaient les lignes essentielles de la maïeutique socratique. Elles correspondent à celles des maîtres du Ch’an, du Zen et, plus près de nous, de Krishnamurti.

Le professeur D. T. Suzuki déclarait (8) :

« Toute connaissance est une acquisition et une accumulation alors que le Zen se propose de priver l’homme de toutes ses possessions. Apprendre… c’est prendre… Lorsque l’esprit est entièrement délivré de la souillure accumulée depuis des temps immémoriaux, il reste nu, sans vêtements, sans déguisements. Il est maintenant libre, vide, assumant son autorité originelle. »

Robert Linssen



(1) Carlo Suarès : « La comédie psychologique », éd. Corti, Paris, 1932.
(2) D.T. Suzuki.
(3) A.W. Watts.
(4) Ed. Conze, « Buddhism », éd. Br. Cassirer, London, 1949.
(5) A. David-Neel.
(6) Jacob Boehme, « De la vie super-sensuelle », éd. Chacornac.
(7) Dr Hubert Benoît.
(8) D. T. Suzuki, « Essais sur le Zen ».

Hommage à Robert Linssen

« J’ai découvert l’œuvre de Robert Linssen en 1974 par son livre « Le zen » paru aux éditions Marabout. J’habitais à Damas en Syrie et la première personne qui m’avait introduit au domaine de la spiritualité insistait sur la nécessité d’une synthèse entre la raison, la science et l’expérience intérieure. J’étais donc vivement intéressé par tout ce qui touchait ce domaine. J’ai appris que Linssen l’approfondissait depuis les années trente et qu’il publiait la revue « Être Libre » qui traitait de ces sujets. » LIRE LA SUITE :
http://www.maaber.org/issue_march06/spiritual_traditions2f.htm

Wednesday, September 16, 2009

Zen Liberté intérieure



Le corpus du Zhang-zhung Nyan-gyud contient des instructions pratiques destinées aux adeptes du Dzogchen. Néanmoins, le mysticisme tibétain et son langage pompeux nuisent souvent à l’efficacité des textes.

Les maîtres chinois de l’école Ch’an (Zen) s’expriment plus simplement et sans allusion à des concepts religieux, magiques ou ésotériques qui obsèdent littéralement les lamas tibétains.

Les textes présentés dans le livre de Thomas Cleary, "Zen, Liberté intérieure", offrent un point de vue tout à fait nouveau du Bouddhisme zen et surprendront peut-être certains lecteurs. Ils contrastent avec l'image habituelle que l'on se fait du Zen rattaché à une tradition monastique sévère et profondément enracinée dans la culture de l'Asie. Ici, se révèle un Zen remarquablement souple qui transcende toutes les frontières culturelles et peut s'adapter aux besoins individuels contemporains. Par nature, l'essence du Zen n'appartient à aucune culture, à aucune philosophie. L'unique exigence de sa pratique est la conscience, indépendante d'une connaissance du Bouddhisme zen et de la culture de l'Asie. L'essence du Zen s'applique directement à la relation entre l'esprit et la culture quelle que soit la culture, c'est pourquoi le Zen est directement lié à l'expérience du monde et à la manière de vivre. Extraits d'œuvres de grands maîtres zen chinois des dynasties Tang et Song, ces textes représentent les formes les plus directes et les plus ouvertes d'enseignement de tout le canon zen et conduisent à un véritable savoir pratique de libération. A leur suite, Thomas Cleary propose une courte étude de l'arrière-plan historique et culturel de l'histoire du zen chinois.

Saturday, June 13, 2009

Le chant du dragon ou le persiflage du fripon



Dans un post de bouddh@nar, un commentaire émanant d’un nouveau forum attise ma curiosité. Dans ce forum, la rubrique consacrée au bouddhisme est assez conventionnelle, elle reprend de nombreux lieux communs. Mais une vidéo, intitulée : « Le chant du dragon », me fait espérer une découverte plus intéressante.

Cette vidéo fait l’apologie d’un disciple du sulfureux Deshimaru, personnage alcoolique et colérique qui a conforté le zen dans le courant contre-initiatique qui s’exprimait sans complexe au Japon depuis la dernière période guerrière de l’histoire du pays (1868 – 1945).

Le disciple de Deshimaru se nomme Stéphane Thibaut. Son nom religieux est Kosen, le « grand sage ». Il est évident qu’il s’agit d’une vidéo de propagande pour de naïfs masochistes; ils acceptent de se laisser frapper avec un bâton, le Kyosaku. Le réalisateur est le « grand sage » lui-même, il pérore comme un gourou de deuxième classe… La vidéo ne présente aucun intérêt, Thibaut révèle, avec la gouaille particulière des aventuriers (1), son périple qui l’a conduit de concierge d’immeuble au rang de maître zen. Mais à un moment, le véritable maître du sangha se manifeste, c’est le démon de la haine. En effet, le « grand sage » dit :
- « Une personne qui dérange ça (la pratique)… avec son histoire personnelle… Je suis prêt à le tuer… C’est la seule règle que je connaisse de compassion. »
voir dès la 4ème minute de la vidéo :

http://video.google.fr/videoplay?docid=-6667617622397366826&ei=DlUzSsqFGoTs-AbI35G3CQ&q=le+chant+du+dragon&hl=fr


Il est malaisé de retrouver sur Internet les critiques du Zen et de l’AZI, l’Association Zen Internationale. Elles sont rapidement ensevelies sous une avalanche de propagande bouddhiste. Le courant contre-initiatique contrôle la plupart des organisations néo-bouddhistes zénistes, tantriques et autres. Il est prudent d’éviter de fréquenter ces groupes où il est difficile d’échapper à des influences pernicieuses.

Le Zen n’a plus rien de commun avec l’ancien Ch’an chinois. Heureusement, il existe encore de bonnes traductions de vieux textes qui permettent de découvrir le véritable Ch’an devenu le Zen au Japon.

http://www.darkzen.com/Articles/togodos-fr.htm



(1) D’après le Lingä Purânä : « Des aventuriers prendront l’apparence de moines avec la tête rasée et des vêtements orangés, des chapelets autour du cou. […] Des gens non qualifiés passeront pour des experts en matière de morale et de religion ».

Signification de la photo : La musculation féminine fait apparaître la repoussante virago. De même, le grotesque trahit toujours la parodie spirituelle.


***

Sunday, November 23, 2008

CONTEMPLATING MIND


Han Shan Teh-Ch'ing

Look upon the body as unreal,
An image in a mirror, the reflection of the moon in water.
Contemplate the mind as formless,
Yet bright and pure.

Not a single thought arising,
Empty, yet perceptive ; still, yet illuminating.
Complete like Great Emptiness,
Containing all that is wonderful.

Neither going out nor coming in,
Without appearance or characteristics.
Countless skillful means,
Arise out of one mind.

Independent of material existence,
Which is ever an obstruction,
Do not cling to deluded thoughts,
These give birth to illusion.

Attentively contemplate this mind,
Empty, devoid of all objects.
If emotions should suddenly arise,
You will fall into confusion.

In a critical moment bring back the light,
Powerfully illuminating.
Clouds disperse, the sky is clear,
The sun shines brillantly.

If nothing arises within the mind,
Nothing will manifest without.
That which has characteristics
Is not original reality.

If you can see a thought as it arises,
This awareness will at once destroy it.
Whatever state of mind should come,
Sweep it away, put it down.

Both good and evil states
Can be transformed by mind.
Sacred and profane appear
In accordance with thoughts.

Reciting mantras or contemplating mind
Are merely herbs for polishing a mirror.
When the dust is removed,
They are also wiped away.

Great, extensive spiritual powers
Are all complete within the mind.
The Pure Land or the heavens
Can be travelled to at will.

You need not seek the real,
Mind originally is Buddha.
The familiar become remote,
The strange seems familiar.

Day and night,
Everything is wonderful.
Nothing you encounter confuses you.
These are the essentials of mind

Friday, September 12, 2008

Dzogchen et sorcellerie



L’érudition de Sakya Pandita (1182 – 1251) embrassait toutes les sciences religieuses et profanes de son temps. Ce savant identifiait le dzogchen et le mahamoudra des kagyupa au ch’an chinois. Le dzogchen a souvent été qualifié de " méthode chinoise " ou de " dzogchen à la chinoise ".

Un autre grand érudit tibétain Padma Karpo (1527-1592), reconnu comme omniscient (kun-m khyen), rapporte dans sa Chronique que des textes (termas) du dzogchen et du mahamoudra sont en réalité des écrits du maître ch’an Ha-shang Mahayana qui furent redécouverts par les tertöns nyingmapa et kagyupa. Un tertön est une personne qui le moment venu redécouvre et interprète un terma, un texte caché. Les interprétations tibétaines du ch’an sont calamiteuses.

Peuple imprégné d’occultisme, les Tibétains ont altéré la pureté du ch’an. La sublime " méthode " chinoise, devenue le dzogchen, a été escamotée par un ésotérisme élitiste qui sombre souvent dans la sorcellerie. Par exemple, dans le texte dzogchen du "Cycle Profondissime " du Chiti yoga (sPyi-ti), attribué à Padmasambhava, se trouve une recette de préparation de pilules de nectar :

Padmasambhava dit :
" Tu mélangeras de ma semence, du sang des règles de Yéshé Tsogyel, de la semence de huit Vidhyadharas et de huit Mahâsiddhas, des cheveux, du sang écoulé du nez et de l’amrita.
La base de la préparation sera de la chair d’un brahmane aux oreilles en forme de conque. " Traduction de Jean-Luc Achard.

L’exhortation à manger de la chair de brahmane se retrouve dans les rituels de sectes de sorciers lubriques et cannibales d’Inde. La religion tibétaine est imprégnée de shivaïsme tantrique. Elle a été profondément influencée par les Kapalikas (les porteurs de crânes) et la secte des Kalamukhas (les têtes noires) qui se nourrissaient de mets répugnants.

Le dzogchen utilise la sorcellerie pour punir ceux qui divulguent les " secrets secrétissimes ". Les dharmapalas, souvent des démons asservis, armés de rasoirs acérés, mettent à mort les ennemis des lamas. Le peu avenant gourou Shenphen Dawa, fils de Düdjom rinpoché (1903 – 1987) a carrément dit : " Ne serait-ce que de parler du dzogchen, c’est en quelque sorte précipiter sa propre mort ". Bulletin n° 7 – Urgyen Samyé Chöling – Dordogne. Shenphen Dawa, hiérarque de la secte Nyingma, use de la menace de mort comme un méchant sorcier.

L’antipathique et boiteux gourou tibétain Shenphen Dawa est tellement influencé par la sorcellerie et la démonologie qu’il mérite que l’on rappelle une considération de l’Eglise catholique à propos de l'origine occulte de certains défauts physiques. L’accueil fait au pape Benoît 16, alias " Benoît 13 et 3 " (très étroit), par un autre obtus, l’inénarrable chanoine Sarkozy, permet d’évoquer une des nombreuses discriminations de l’Eglise. Jusqu’au Concile de Vatican II, la prêtrise était interdite aux boiteux. Le prélat tibétain serait donc inapte au sacerdoce car son infirmité était, aux yeux du clergé chrétien, l’une des marques de la sorcellerie.

" Le tellurisme, explique Jean-Louis Bernard, peut-être canalisé par l’organisme humain et s’y élever, en prenant pour axe le nerf sciatique, puis le dos. En cas d’échec, le sorcier risque l’ankylose définitive du nerf sciatique, des déviations osseuses du pied ou de la hanche, et même l’hémiplégie. Les sorciers de village sont parfois boiteux : des sorciers manqués, donc des diaboliques. "

Saturday, May 24, 2008

Corps de gloire, merkabah, embryon de lumière

Orin et Da Ben commercialisent des cours d’éveil du corps de lumière. Leurs 6 volumes coûtent plus de 500 €, CINQ CENTS ! Le Nouvel Age et les balivernes des maîtres " ascensionnés " ne s’adressent pas aux pauvres. De nos jours, il n’y a plus rien pour les personnes démunies à part la stigmatisation outrancière décrétée par le gouvernement Sarkozy, pasticheur du programme totalitaire anglo-saxon.

Corps de gloire, corps de lumière, corps d’arc-en-ciel, sont des appellations qui reviennent fréquemment dans les discours mystiques, orientaux et occidentaux. Les " new-agers " se sont en plus entichés d’un concept de l’antique tradition ésotérique concernant le véhicule de lumière nommé " merkabah ". Le marché fait du neuf avec de l’ancien. La reprogrammation du code génétique et le déblocage électro-magnétique émotionnel sont mélangés à de vieilles techniques d’activation des chakras extirpées de leur contexte traditionnel. La salade ne manque pas d’ingrédients mais attention à l’indigestion. Ce spiritualisme, agrémenté d’un charabia scientifique, et son technicisme ne peuvent pas accéder à la véritable dimension spirituelle. L’être spirituel n’est pas asservi à des procédés et des pratiques mécaniques.

Une fois n’est pas coutume, un conseil biblique mérite notre attention : " Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice (la source de la conscience), et tout le reste vous sera donné par surcroît. "

Le bouddhisme Ch’an recommande de tourner mentalement le regard en soi, vers la source de la conscience, c’est, selon l’expression usuelle, " le retournement de la lumière ". Ce retournement créera l’embryon de la sagesse et l’être spirituel sans recourir aux mantras, isolation sensorielle, respiration holotropique et les innombrables inepties du marché du spiritualisme contemporain.

Le texte " Le secret de la fleur d’or " est connu des new-agers qui souhaitent créer l'embryon de lumière. Seulement, c’est la déplorable traduction de Wilhelm qui s’est répandue parce qu’un prophète du Nouvel Age, Carl Gustav Jung, lui consacra une étude intitulée : " Commentaire sur le mystère de la Fleur d’or ". Jung disposait de la piètre traduction du traité chinois réalisée par le missionnaire protestant Richard Wilhelm.

Les erreurs de Wilhelm et de Jung sont considérables car elle inversent le sens du traité. L’inversion caractérise le Nouvel Age. Le jésuite, Etienne PERROT, professeur à la faculté des sciences sociales et économiques de l'institut catholique de Paris, a fait connaître au public francophone les textes estropiés de Wilhelm et de Jung, accélérant ainsi la confusion. L’orientaliste Thomas Cleary s’efforce de corriger les égarements de Wilhelm, " décidément enclin à voir dans ce texte toutes sortes d’idées bizarres et de superstitions qui ne s’y trouvent pas ". (Thomas Cleary, " Le secret de la Fleur d’or ".) Quant à l’autre comparse, " Jung, écrit Cleary, eut recours aux concepts d’introversion et d’extraversion pour décrire ce qu’il croyait être les attitudes caractéristiques de la mentalité orientale et de la mentalité occidentale. Ayant coutume de s’absorber dans son monde fantasmatique, il s’imaginait que les taoïstes chinois en faisaient autant. Pourtant, le texte spécifie bien que " la lumière n’est ni en soi ni en dehors de soi " : rien qui permette d’en déduire que le retournement de la lumière équivaudrait à l’introversion au sens jungien du terme. En effet, l’exercice de retournement de la lumière tel qu’il se pratique dans la méditation chan/taoïste ne vise pas à couper l’adepte du monde extérieur et certainement pas à l’intéresser aux images et aux fantasmes qui surgissent dans l’esprit ".

Selon Cleary il est impossible de parvenir au résultat du retournement de la lumière en suivant la version de Wilhelm. De plus, certains procédés décrits par le traducteur fantasque sont " très dangereux ", l’expression est de Cleary. Au chapitre intitulé " Erreurs dans le retournement de la lumière ", au sujet du passage 4, Cleary s’exaspère, " Wilhelm comprend de travers, lui faisant dire pratiquement l’inverse du propos originel ".

Le spiritualisme moderne présente de nombreuses anomalies, il s’agit d’une entreprise planifiée dans le but de contrôler l’esprit humain. Malheureusement, il est impossible de contrer ce programme pernicieux fomenté par des hiérarques religieux et les puissants qui concoctent la nouvelle religion mondiale. La résistance des personnes lucides commence par le boycottage de la spiritualité frelatée.

Lecture :

" Le secret de la Fleur d’or " de Thomas Cleary, Pocket, beaucoup plus intéressant que le verbiage creux des " ascensionnés " et considérablement moins cher (5 ou 6 €).

Quatrième de couverture :
" Le secret de la Fleur d'or " est un manuel classique de méditation permettant l'accès à l'être intérieur. En 1928, Carl G. Jung le découvre, s'en inspire et le rend célèbre. " C'est le texte de la "Fleur d'or" qui, le premier, m'a conduit vers le bon sentier. " Si le célèbre médecin ne disposait que d'une version tronquée et altérée, Thomas Cleary nous offre désormais dans la traduction la plus aboutie qui soit le texte authentique et intégral. En distillant l'essentiel de deux traditions, celle du bouddhisme chan qui précéda le zen et celle du mysticisme taoïste, ces versets dépouillés offrent à l'homme d'aujourd'hui l'accès à sa propre connaissance et à l'éveil de la " Fleur d'or " qui sommeille en lui.

Sunday, February 17, 2008

Le zazen et les fesses du maître japonais Bankei

Durant sa jeunesse, Bankei(1622-1693) désireux de comprendre le sens de l’expression " Brillante Vertu ", lue dans un traité confucéen, s’était lancé avec beaucoup de détermination dans une difficile et douloureuse quête spirituelle.

" Je décidai finalement de trouver un maître du Zen. En ayant découvert un, j’allai le voir et je l’interrogeai sur la Brillante Vertu. Il me dit de pratiquer le zazen si je voulais savoir ce que c’était. Je me mis donc au zazen. M’étant rendu dans les montagnes, j’entrai dans une grotte, où je m’assis fesses nues, sans me soucier de la rugosité du rocher. Je maintins souvent mon zazen sept jours d’affilés sans manger. Une fois assis, je m’y consacrais entièrement sans me préoccuper de ce qui pourrait arriver, y risquant même ma vie. Je restais souvent assis, les jambes croisées, jusqu’à tomber du rocher, épuisé. Comme il n’y avait personne pour m’apporter de la nourriture, mon jeûne se poursuivait très longtemps, en vérité.

" Après de telles austérités [qui n’amenèrent aucun résultat], je revins à mon village natal et je m’y fis construire une petite cabane, où je m’enfermai. Je passai de nombreux jours à réciter le Nembutsu (le nom de Bouddha) sans m’étendre. Des jours et des jours s’écoulèrent ainsi, et j’avais toujours l’esprit empli de tourments, sans jamais pouvoir découvrir ce qu’était la Brillante Vertu.

" Tandis que le corps était ainsi traité jour et nuit sans aucun ménagement ni merci, mon postérieur s’ulcéra et la peau craqua, ce qui fut très douloureux. Mais, comme j’étais fort vigoureux en ce temps-là, je ne me couchai jamais, fût-ce pour un seul jour. Je me procurai quelques feuilles de papier doux que je plaçai sous mon séant, le saignement des parties ulcérées étant une gêne. Je devais changer fréquemment les feuilles souillées. J’usai parfois de tampon d’ouate au lieu de papier. Malgré tout cela, à aucun moment je ne me permis de repos au lit une seule journée ou une seule nuit. Je dus ainsi lutter durement pendant plusieurs années, avec pour résultat que je me trouvai soudain, un jour, tout à fait mal en point. Je devins malade, sans que le problème de la Brillante Vertu fût résolu pour autant. Oui, en vérité, je m’exerçai avec le plus grand acharnement, m’agrippant à la question, mais toujours sans succès. "

La maladie de Bankei empira. A l’orée de la mort, l’idée du Non-né surgit dans son esprit. Cette intuition le ravigota et permit à Bankei, une fois rétabli, de définir une approche métaphysique du Zen.

La pratique du zazen n’avait apporter au pauvre Bankei qu’un postérieur ulcéré et une grave maladie. Presque un millénaire avant la naissance Bankei, un sage chinois mettait en garde les adeptes de la méditation assise. Huai-jang disait :

" Vous entraîner à la méditation assise, tso-ch’an (zazen), équivaut à vous exercer à être un Bouddha assis, il vous faut savoir que le Ch’an (Zen) consiste ni à s’asseoir, ni à être couché. Si vous vous entraînez à être un Bouddha assis, il vous faut savoir que le Bouddha n’est pas une forme fixe. Puisque le Dharma n’a pas de demeure fixée, ce n’est pas une question de choix. Si vous vous transformez en Bouddha assis, cela équivaut précisément à tuer le Bouddha. Si vous restez fidèle à la position assise, vous n’atteindrez pas le principe du Ch’an. "