Sunday, February 17, 2008

Le zazen et les fesses du maître japonais Bankei

Durant sa jeunesse, Bankei(1622-1693) désireux de comprendre le sens de l’expression " Brillante Vertu ", lue dans un traité confucéen, s’était lancé avec beaucoup de détermination dans une difficile et douloureuse quête spirituelle.

" Je décidai finalement de trouver un maître du Zen. En ayant découvert un, j’allai le voir et je l’interrogeai sur la Brillante Vertu. Il me dit de pratiquer le zazen si je voulais savoir ce que c’était. Je me mis donc au zazen. M’étant rendu dans les montagnes, j’entrai dans une grotte, où je m’assis fesses nues, sans me soucier de la rugosité du rocher. Je maintins souvent mon zazen sept jours d’affilés sans manger. Une fois assis, je m’y consacrais entièrement sans me préoccuper de ce qui pourrait arriver, y risquant même ma vie. Je restais souvent assis, les jambes croisées, jusqu’à tomber du rocher, épuisé. Comme il n’y avait personne pour m’apporter de la nourriture, mon jeûne se poursuivait très longtemps, en vérité.

" Après de telles austérités [qui n’amenèrent aucun résultat], je revins à mon village natal et je m’y fis construire une petite cabane, où je m’enfermai. Je passai de nombreux jours à réciter le Nembutsu (le nom de Bouddha) sans m’étendre. Des jours et des jours s’écoulèrent ainsi, et j’avais toujours l’esprit empli de tourments, sans jamais pouvoir découvrir ce qu’était la Brillante Vertu.

" Tandis que le corps était ainsi traité jour et nuit sans aucun ménagement ni merci, mon postérieur s’ulcéra et la peau craqua, ce qui fut très douloureux. Mais, comme j’étais fort vigoureux en ce temps-là, je ne me couchai jamais, fût-ce pour un seul jour. Je me procurai quelques feuilles de papier doux que je plaçai sous mon séant, le saignement des parties ulcérées étant une gêne. Je devais changer fréquemment les feuilles souillées. J’usai parfois de tampon d’ouate au lieu de papier. Malgré tout cela, à aucun moment je ne me permis de repos au lit une seule journée ou une seule nuit. Je dus ainsi lutter durement pendant plusieurs années, avec pour résultat que je me trouvai soudain, un jour, tout à fait mal en point. Je devins malade, sans que le problème de la Brillante Vertu fût résolu pour autant. Oui, en vérité, je m’exerçai avec le plus grand acharnement, m’agrippant à la question, mais toujours sans succès. "

La maladie de Bankei empira. A l’orée de la mort, l’idée du Non-né surgit dans son esprit. Cette intuition le ravigota et permit à Bankei, une fois rétabli, de définir une approche métaphysique du Zen.

La pratique du zazen n’avait apporter au pauvre Bankei qu’un postérieur ulcéré et une grave maladie. Presque un millénaire avant la naissance Bankei, un sage chinois mettait en garde les adeptes de la méditation assise. Huai-jang disait :

" Vous entraîner à la méditation assise, tso-ch’an (zazen), équivaut à vous exercer à être un Bouddha assis, il vous faut savoir que le Ch’an (Zen) consiste ni à s’asseoir, ni à être couché. Si vous vous entraînez à être un Bouddha assis, il vous faut savoir que le Bouddha n’est pas une forme fixe. Puisque le Dharma n’a pas de demeure fixée, ce n’est pas une question de choix. Si vous vous transformez en Bouddha assis, cela équivaut précisément à tuer le Bouddha. Si vous restez fidèle à la position assise, vous n’atteindrez pas le principe du Ch’an. "

Saturday, February 09, 2008

LE VERITABLE ZA-ZEN

Amis dans le bien, dans notre méthode, la méditation assise n’a en principe pas recours à l’esprit, ni à la pureté, et il n’y est pas question d’immobilité.

Parlons de "l’examen de l’esprit". L’esprit est toujours fantasmagorique : il produit des illusions quasi hallucinatoires, et il ne s’y trouve rien à "examiner". Voyons alors "l’examen de sa pureté". Il ne peut s’agir que d’une idée fallacieuse masquant la simplicité du réel, puisque, par essence et originellement, nous sommes purs. Loin de la pensée trompeuse, notre état naturel est pur dès l’origine. C’est lorsqu’on ne voit point l’originelle pureté de sa propre essence que l’on songe à "examiner sa pureté" : ainsi naît l’illusion de la pureté. Mais l’illusion n’occupe aucun lieu particulier, et l’on prend conscience que celui qui contemple est lui aussi purement illusoire. La pureté n’a pas de forme, et ceux qui lui en inventent une en prétendant que c’est là tout leur travail spirituel cultivent une opinion propre à masquer leur essence originelle. Ils sont prisonniers de la pureté.

Quant à l’immobilité, elle consiste à ne pas percevoir les transgressions et les maux des autres êtres : c’est l’immobilité de l’essence. Les égarés n’agitent pas leur corps mais leur langue pour épiloguer sur les qualités et les défauts des autres : ils pratiquent à l’envers.

Examiner l’esprit, examiner sa pureté, voilà bien des obstacles à la pratique !

A présent que nous savons ce qu’elle n’est pas, qu’est donc, dans notre méthode, la "méditation assise" ?

Dans notre méthode, rien ne fait obstacle : quand, à l’extérieur, aucun concept ne vient se surajouter aux objets, on parle d’être "assis" ; lorsque, à l’intérieur, on voit son essence originelle sans la moindre confusion, on parle de "méditation".

Que désigne alors la "concentration" et le "recueillement" ? La concentration, c’est le détachement vis-à-vis des objets extérieurs, et le recueillement, l’absence de confusion à l’intérieur. Lorsqu’il y a apparence extérieure et absence de confusion intérieure quant à l’essence de cette apparence, notre état fondamental se trouve spontanément pur et recueilli. Le seul contact avec l’objet crée immédiatement la confusion. Croire à la réalité des apparences extérieures sème immédiatement la confusion dans l’esprit mais, dès lors qu’on n’est plus attaché aux apparences extérieures, toute confusion s’évanouit.

"Et alors, dit le Vimalakîrti, dans une soudaine illumination, ils retournèrent à leur esprit originel."

Et Les Vœux des Bodhisattvas : "La source primordiale est la pureté de notre essence."
Amis dans le bien, voyez donc votre essence et sa naturelle pureté en pratiquant vous-mêmes et en agissant spontanément : votre essence est le corps absolu, vos activités sont œuvres de Bouddha et, en agissant naturellement, vous irez vous-mêmes jusqu’au terme des pratiques du Grand Eveil.

"Le Soûtra de l’Estrade du Sixième Patriarche Houei-neng", traduit du chinois et commenté par Patrick Carré, Editions du Seuil.

Cette lecture vous évitera de vous fourvoyer dans des lieux étranges fréquentés par les fervents adeptes du ZA-ZEN. Voir la vidéo…